Le Club de patinage de vitesse Gatineau à la croisée des chemins

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Le Club de patinage de vitesse Gatineau est comme un adolescent qui, après une poussée de croissance, se retrouve à l’étroit dans ses vêtements.

Après 14 ans d’existence, l’organisation a dépassé la centaine de membres pour la première fois de son histoire. Le club fait toutefois face à de nombreuses embûches s’il veut poursuivre son expansion. Voici trois de ces défis, racontés par les membres du club.

Un texte de Kim Vallière
Chapitres :

Des heures de glace annulées qui déçoivent les petits
Des patineurs qui voudraient être meilleurs
Une présidente qui souhaite un coup de main

Les plus jeunes patineurs du Club de patinage de vitesse de Gatineau PHOTO : RADIO-CANADA / KIM VALLIÈRE

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1. Des heures de glace annulées qui déçoivent les petits

Le groupe d’initiation au patinage de vitesse embarque sur la glace tous les samedis matin au Complexe Branchaud-Brière. Pendant 45 minutes, ils apprennent la base du sport et font de leur mieux pour conserver leur équilibre sur leurs patins à longue lame.

Les chutes sont nombreuses, les sourires le sont tout autant. « J’aime ça quand on va vraiment vite », raconte avec enthousiasme Zoé Savoie, 8 ans, qui s’adonne au patinage de vitesse depuis l’hiver dernier.

Son père assure qu’elle s’améliore à chacune de ses présences sur la glace. Le hic, c’est que huit fois par année, Zoé et sa soeur Nika ne pourront pas travailler leur coup de patin le samedi matin.

C’est que des tournois de hockey prennent alors la glace toute la fin de semaine au Complexe Branchaud-Brière. La première de ces exceptions a eu lieu le 8 octobre et plusieurs se succéderont en janvier et en février. Ces heures de glace ne sont pas remplacées.
Dans ces situations, les entraînements se déroulent en gymnase, une situation que Yanick Savoie comprend, mais qu’il aimerait éviter. « L’inscription est au patinage de vitesse, j’aimerais ça qu’elles patinent », affirme le père de Zoé et de Nika.

Difficile pour le Club de patinage de vitesse de Gatineau d’assurer sa relève dans un tel contexte et d’éviter que ses athlètes se dirigent vers d’autres disciplines sportives.

« C’est un enjeu qu’on essaie de minimiser, mais ça a un effet, c’est certain », avoue la présidente de l’organisation, Chantal Richard.

Par courriel, la Ville de Gatineau indique qu’elle travaillait « de concert avec l’organisme pour qu’il récupère une partie de ces heures ».

2. Des patineurs qui voudraient être meilleurs
Une séance de patinage de vitesse, protégée par les matelas PHOTO : RADIO-CANADA / KIM VALLIÈRE

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Cédrick Brunet et Adèle Bluteau ont commencé le patinage de vitesse il y cinq ans. Tous les deux font partie du groupe élite du Club de Gatineau. Lorsqu’ils s’élancent sur la glace, leur style est gracieux, leurs foulées puissantes.

Pour la première fois cette année, ils bénéficient de quatre heures d’entraînement par semaine, au lieu de trois. À l’instar des plus jeunes, leur horaire est parfois amputé en raison des tournois de hockey.

Les athlètes gatinois rateront ainsi de nombreuses heures le samedi en janvier et en février, alors qu’ils seront en préparation pour les championnats de fin de saison.

Avant les compétitions, c’est sûr que c’est dommage de manquer des entraînements, mais il faut vivre avec.

Cédrick Brunet
« Il y a des choses qu’on ne peut juste pas travailler hors glace, comme les dépassements et la glisse », explique Charles Carrière, un des entraîneurs. Il aimerait voir ses protégés sur la glace cinq fois chaque semaine, en plus de deux entraînements en gymnase.

Selon lui, un tel scénario permettrait de réduire l’écart entre les patineurs de l’Outaouais et de ceux du reste du Québec. En effet, la majorité des autres clubs ont leurs athlètes sur la glace six fois par semaine, ce qui leur fournit constance et assurance en compétition.

« C’est clair que ça fait une différence. On n’a pas autant de temps pour pratiquer les techniques, être confortables », explique Adèle Bluteau.

Lorsqu’elle se mesure aux meilleures dans sa catégorie, la Gatinoise doit absolument se déplacer. Les compétitions du circuit élite québécois nécessitent de se tenir sur des patinoires de dimension olympique, ce qui n’existe pas en Outaouais.

Ces voyages plaisent bien aux adolescents, qui reconnaissent toutefois que les longues durées de transport peuvent être éreintantes.

3. Une présidente qui souhaite un coup de main

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Des membres du Club de patinage de vitesse de Gatineau lors d’une compétition maison PHOTO : RADIO-CANADA / KIM VALLIÈRE
Chantal Richard travaille à temps plein pour une compagnie informatique. Elle est aussi la présidente du Club de patinage de vitesse de Gatineau. L’organisation fonctionne grâce à la participation de parents d’athlètes qui, comme Mme Richard, travaillent de façon bénévole.

C’est tout un défi administratif pour un club, qui a terminé la dernière saison avec 104 membres. « À 50 patineurs, ça se gérait. Mais quand on est à au-dessus de 100 patineurs, ça devient difficile à gérer », explique la présidente, dont le fils de 10 ans fait partie du groupe élite.

On est pris dans un cercle vicieux.

Chantal Richard, présidente du Club de patinage de vitesse de Gatineau
Mme Richard souhaiterait compter sur un local où elle pourrait installer un ordinateur, peut-être même avoir un employé rémunéré pour gérer les activités de l’organisme.

Pour le moment, elle dispose d’un casier où le matériel utilisé pour le patinage est entreposé, sans plus. Le reste est fait de la maison, sur le coin de sa table de cuisine.

« On est sur le point de passer à la prochaine étape, mais pour faire ça, il faut un service de plus », mentionne-t-elle. « La seule façon de grandir, c’est d’avoir plus d’heures de glace. La Ville attribue le nombre d’heures en fonction du volume de patineurs, mais on ne peut pas avoir trop de monde sur la glace en même temps pour une question de sécurité. »
La Ville de Gatineau a offert 13 heures de glace au Club de patinage de vitesse cette année. Ce dernier a toutefois choisi de ne pas tirer avantage de 90 de ces minutes disponibles, puisqu’elles étaient prévues le dimanche de 20 h 30 à 22 h, une plage horaire peu favorable à sa jeune clientèle.

Le Club se retrouve aussi dans une situation particulière, puisqu’il doit partager ses activités entre deux endroits, soit le Complexe Branchaud-Brière et l’aréna Baribeau.

Il s’agit des deux sites à Gatineau où les tracés propres au patinage de vitesse sont peints sur la glace et où il y a l’espace de rangement nécessaire pour les matelas de protection, qui doivent être installés le long des bandes.

Le dévoilement du nouveau projet pour remplacer le Centre Robert-Guertin, qui devrait comporter trois glaces communautaires, est une nouvelle encourageante pour Chantal Richard.

« Avoir plus de disponibilité pour les glaces, ça ne peut qu’amener du mieux. C’est sûr que ce serait un avantage pour nous autres », conclut l’administratrice.